
Longtemps structurée autour de l’énergie, la relation économique entre la France et l’Angola entre dans une nouvelle phase. La diversification recherchée par l’économie angolaise ouvre de nouveaux espaces de coopération, mais pose aussi une question : la France saura-t-elle transformer sa présence historique en un partenariat économique plus diversifié ?
01 · Présence française
Une relation économique déjà profonde
La relation économique entre la France et l’Angola ne part pas de zéro. Elle repose au contraire sur plusieurs décennies de présence industrielle et sur des investissements français considérables.
La France figure parmi les principaux investisseurs étrangers en Angola. Cette position reste largement portée par le secteur pétrolier et par TotalEnergies, qui représente à elle seule environ la moitié de la production pétrolière nationale.
Mais l’empreinte française est plus large : la Direction générale du Trésor recense environ 65 filiales françaises et 50 entreprises locales liées à des intérêts français, représentant près de 30 000 emplois.
Énergie et services pétroliers restent naturellement très présents, aux côtés de la logistique, des transports, de la santé, des services aux entreprises, de l’industrie ou encore de la restauration collective.
Cette présence constitue un actif important : la France dispose en Angola d’entreprises implantées de longue date, de compétences reconnues et d’une connaissance du terrain que peu de nouveaux entrants peuvent immédiatement reproduire.
Mais cette force révèle également l’une des principales limites de la relation actuelle : sa concentration sectorielle.
02 · Échanges
Le pétrole reste au cœur des échanges
Les chiffres commerciaux illustrent très clairement cette situation.
En 2025, les échanges de biens entre la France et l’Angola se sont établis à environ 1,15 milliard d’euros, contre 2,08 milliards en 2024.
Cette forte diminution s’explique principalement par la baisse des achats français d’hydrocarbures angolais. Les importations françaises en provenance d’Angola ont ainsi reculé à 787,6 millions d’euros.
Surtout, 98 % de ces importations étaient encore constituées d’hydrocarbures.
Les exportations françaises vers l’Angola ont, elles aussi, diminué de 18,8 % en 2025. Le déficit commercial français s’est fortement réduit, passant de 1,18 milliard d’euros en 2024 à 421 millions en 2025.
Mais cette amélioration est essentiellement mécanique : elle résulte de la diminution des achats énergétiques français et non d’une progression structurelle de nos exportations.
C’est probablement le chiffre qu’il faut retenir : la relation commerciale demeure profondément influencée par l’énergie.
Repères
Quatre chiffres
pour comprendre
liés à la présence économique française en Angola
65 filiales françaises et environ 50 entreprises locales liées à des intérêts français
part des hydrocarbures dans les importations françaises en provenance d’Angola en 2025
rang de la France parmi les fournisseurs de l’Angola en 2024
03 · Transition
Le véritable changement vient de l’Angola
La transformation de la relation franco-angolaise ne peut être comprise sans regarder la transformation recherchée par l’Angola lui-même.
Le pays demeure fortement dépendant des hydrocarbures. En 2024, ceux-ci représentaient encore 94,2 % des exportations angolaises.
Mais le modèle est sous pression.
L’économie angolaise est engagée dans une phase de transition, avec une croissance davantage portée par les activités non pétrolières alors que la production d’hydrocarbures connaît des contraintes structurelles.
La diversification progresse, même si elle demeure lente et confrontée à d’importants défis. C’est précisément là que la relation avec la France peut changer de dimension.
Quelle place la France occupe-t-elle dans le secteur pétrolier angolais ?
Dans quels secteurs la France peut-elle accompagner la prochaine étape du développement économique angolais ?04 · Diversification
De nouveaux terrains de coopération
Agriculture et agro-industrie, santé, infrastructures, logistique, transport, eau, énergie, formation professionnelle, services financiers ou encore numérique constituent autant de domaines dans lesquels les besoins angolais peuvent rencontrer des compétences françaises.
Il faut cependant éviter une vision trop simple de la diversification.
Diversifier une économie ne consiste pas seulement à attirer des entreprises étrangères dans de nouveaux secteurs.
Cela suppose des infrastructures, des financements, des compétences locales, des chaînes logistiques efficaces, un environnement réglementaire suffisamment prévisible et la capacité de développer une production compétitive.
C’est précisément sur ces différents maillons que les entreprises françaises peuvent avoir une carte à jouer.
La présence française en Angola ne devrait donc pas uniquement être mesurée au nombre d’entreprises implantées ou au montant des échanges commerciaux.
La question déterminante est celle de leur contribution à la transformation de l’économie angolaise.
05 · Concurrence
Une concurrence qui ne doit pas être sous-estimée
La France n’évolue évidemment pas seule sur ce marché.
En 2024, la Chine représentait 45,5 % des exportations angolaises et 15,1 % des importations du pays. Le Portugal représentait pour sa part 9,5 % des importations.
La France était le 9e fournisseur de l’Angola, avec 3,7 % des importations, même si cette position s’était nettement améliorée par rapport au 14e rang en 2023.
Ces chiffres permettent de remettre la présence française en perspective.
Être un investisseur majeur ne signifie pas automatiquement être un partenaire commercial dominant.
La France dispose d’atouts importants, mais la compétition pour accompagner la diversification angolaise est réelle.
La qualité technologique ne suffira pas toujours. La capacité à proposer des financements, former localement, construire des partenariats angolais et inscrire les projets dans la durée sera déterminante.
06 · Prochaine étape
Passer d’une présence historique à un partenariat de transformation
« Passer d’une relation fortement structurée par l’exploitation d’une ressource à une relation davantage structurée par la création de capacités. »
C’est probablement sur ces sujets que se jouera une partie de la relation économique entre les deux pays au cours de la prochaine décennie.
La France possède pour cela un avantage : elle est déjà présente. Mais cet avantage n’est pas acquis définitivement.
La diversification de l’économie angolaise va attirer de nouveaux acteurs et intensifier la concurrence internationale.
Il faudra donc transformer l’ancienneté de la relation en capacité à répondre aux nouvelles priorités du pays.
07 · Perspective
Une relation à regarder sur le temps long
La chute des échanges commerciaux observée en 2025 pourrait, prise isolément, donner l’impression d’un recul de la relation économique franco-angolaise.
Ce serait probablement une lecture trop rapide.
Elle traduit avant tout la volatilité inhérente à une relation commerciale encore extrêmement dépendante des hydrocarbures.
Le véritable indicateur à suivre dans les prochaines années sera ailleurs :
La capacité de la France et de ses entreprises à accroître leur présence dans l’économie angolaise non pétrolière.
Si cette évolution se matérialise, la diversification de l’Angola ne constituera pas simplement une nouvelle opportunité commerciale pour la France.
Elle pourrait marquer le passage vers une nouvelle génération de la relation économique franco-angolaise.
Documentation
Sources
& repères
Les analyses publiées sur ce site ont vocation à éclairer les enjeux intéressant la communauté française et les relations France–Angola.